
Avec “Ex aequo, Marie-Flore confirme qu’elle occupe une place à part dans la pop francophone. Ce troisième album, paru le 25 avril dernier, prolonge le fil entamé avec “Braquage” et “Je sais pas si ça va”, tout en marquant un tournant plus nuancé. Sans renier sa verve acide ni sa lucidité, elle choisit ici la retenue et l’émotion directe, comme si le temps avait adouci les colères. La plume reste affûtée, mais moins crue, plus posée, et surtout plus intime. L’album est conçu comme un récit post-rupture, une rupture sans grands fracas, mais chargé d’ambiguïtés. On y parle de ces sentiments qui ne s’éteignent pas tout à fait, de ces attachements qui persistent malgré tout. Marie-Flore capte ces moments où l’on ne sait plus très bien si l’on aime encore, ou si l’on se souvient seulement d’avoir aimé. Elle met des mots sur les silences, les absences, les ratés — avec un sens du détail qui fait mouche. Ce qui frappe dans “Ex aequo”, c’est aussi la richesse musicale. Loin d’une pop attendue, l’album déploie une production ambitieuse : enregistré en live, avec un véritable orchestre, le disque mêle cordes vibrantes, cuivres discrets et rythmiques sobres mais efficaces. Marie-Flore a elle-même signé les arrangements. À cette orchestration grandiose, Marie-Flore apporte une touche contemporaine, flirtant parfois avec le spoken word. Il faut saluer aussi le courage d’un tel projet dans le paysage musical actuel : un disque romantique, orchestré, écrit comme on écrit un livre, pensé comme un tout. À mille lieues des productions du moment, “Ex aequo” est une œuvre profondément personnelle, mais ouverte. On se retrouve dans tout ce que chante Marie Flore : la confusion, le doute, les sursauts de tendresse, la solitude. Ni démonstratif, ni larmoyant, “Ex aequo” est un album qui fait du bien parce qu’il ne triche pas.
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