
Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine - Jean-Luc Fournet
Conférence - Petra Sijpesteijn : Attentes et écarts ; règles et variations
·1h 9m
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2025-2026 Réparer les torts : justice et redressement en Égypte médiévale Conférence - Petra Sijpesteijn : Valeurs partagées Petra Sijpesteijn Professeure d'arabe à l'université de Leyde Résumé Dans une lettre du IXe siècle sur papyrus provenant de l'oasis du Fayoum, l'expéditeur écrivait : « Ḥasan m'a dit que tu avais mentionné que j'avais été impoli avec toi dans ma lettre. Mais mon impolitesse, venant de quelqu'un comme moi envers quelqu'un comme toi, est en réalité une marque d'affection. Et mes paroles ne visaient qu'à te rappeler tes droits et obligations. » Malheureusement, la lettre à laquelle le destinataire fait allusion auprès de Ḥasan ne nous est pas parvenue, et nous ne pouvons pas reconstituer précisément l'impolitesse à laquelle il fait référence. Ce passage attire cependant notre attention sur la complexité des règles et attentes entourant les appels et requêtes, et nous rappelle que ces règles étaient à la fois prévisibles et pourtant pas entièrement stables, reflétant le fait que les relations sociales qu'elles incarnaient étaient elles-mêmes à la fois fortement structurées et sujettes à négociation. Dans cette conférence conclusive, je mettrai en relation les lettres de pétition avec l'histoire du califat naissant, et en particulier avec le processus réussi de construction impériale au cours des premiers siècles de son existence. En partant de la signification de l'existence même de l'institution de l'appel, telle qu'elle se reflète dans les lettres de recours sur papyrus, j'analyserai les attentes sous-jacentes qui régissaient les échanges épistolaires dans l'Égypte islamique primitive, et ce que cela peut nous apprendre sur cette société. Biographie Petra Sijpesteijn est professeure d'arabe à l'université de Leyde. Elle a étudié l'histoire, la langue arabe et la papyrologie à Leyde, Cambridge, au Caire, à Damas et à Princeton. Ses travaux portent sur l'explication de la manière dont un empire islamique s'est développé à partir des grandes conquêtes arabes, en s'appuyant sur les structures et institutions existantes, et à côté et en réaction à celles-ci. En s'appuyant sur le vaste mais encore peu exploité corpus documentaire constitué de monnaies, de sceaux, d'inscriptions et surtout de papyrus rédigés dans les différentes langues en usage, elle s'intéresse tout particulièrement à l'interaction entre les politiques initiées par le pouvoir et la participation locale dans ce processus de formation. Elle est actuellement responsable scientifique (PI) d'un projet de cinq ans intitulé « Land, Space, Power: Landscapes of the Early Islamic Empire ». Petra est membre correspondante de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, de l'Académie autrichienne des sciences et de la British Academy. Elle est également membre scientifique élue de la Société royale hollandaise des sciences. Elle a occupé des postes de professeure invitée à l'American University in Cairo, à University College London au Qatar, à l'École des hautes études en sciences sociales à Paris, à l'université de Tunis et à la Bibliotheca Alexandrina.