🔊 “Baselitz“ La rĂ©trospectiveau Centre Pompidou, Parisdu 20 octobre 2021 au 7 mars 2022
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“Baselitz“ La rĂ©trospective au Centre Pompidou, Paris du 20 octobre 2021 au 7 mars 2022 Interview de Bernard BlistĂšne, ancien directeur du musĂ©e national d’art moderne et commissaire de l’exposition, par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 18 octobre 2021, durĂ©e 23’26. © FranceFineArt. Extrait du texte de Sylvain Silleran : Des pieds sanglants posĂ©s comme sur un Ă©talage de boucher, la chair est mutilĂ©e, tumĂ©fiĂ©e mais bien vivante, turgescente de son dĂ©sir d’ĂȘtre. Les corps dont s’échappent les viscĂšres refusent de mourir sur les ruines de l’Allemagne. Les petits garçons bandent encore, pervers et provocants comme le hĂ©ros au tambour de GĂŒnter Grass. Baselitz se saisit tout de suite de cette chair humaine, une viande rose et grise de la poussiĂšre des gravats et de l’hĂ©ritage du Greco. Il faut la peindre vite, avant qu’elle ne pourrisse. Le poĂšte bras en croix est pris dans une immense toile d’araignĂ©e, crucifiĂ© sur un vitrail de cathĂ©drale. Des ouvriers forestiers sont tronçonnĂ©s comme les sapins qu’ils dĂ©coupent, finissant clouĂ©s sur les arbres. Tout se fragmente dans des couleurs soldatesques Ă  la LĂŒpertz : les troncs et les chiens Ă  l’air fĂ©roce et policier. L’homme au long manteau, alter ego de l’artiste vagabondant dans la forĂȘt est dĂ©coupĂ© et recomposĂ© en homme-arbre. BientĂŽt Baselitz renverse ses toiles : ses portraits d’hommes en blouse ou en salopette peuvent s’éloigner du rĂ©alisme socialiste, ses Ă©tonnants paysages industriels tenter de se dissimuler derriĂšre rochers et bouleaux. La nature est exaltĂ©e, un faucon sur une branche de genĂ©vrier, un aigle en plein vol, tout est mouvement, fureur. Contre les dogmes totalitaires comme ceux qui rĂ©volutionnĂšrent les arts dans les annĂ©es 70 en pensant enterrer la peinture, Baselitz peint, le geste plus rapide encore, plus enragĂ©, il tente la peinture au doigt, un corps Ă  corps avec la toile. Un bouleau automnal Ă  la feuille rougissante se perd en silhouettes bleues de cobalt, noires. Au fond l’hiver arrive, gris. L’homme boit, courbĂ©, bossu, il dort, il se lĂšve lourdement pour aller Ă  la fenĂȘtre contempler le vide de la nuit noire. Le buveur orange Ă  l’Ɠil hagard, hallucinĂ©, le buveur jaune, ont la justesse caricaturale, le minimalisme ironique qui raconte tout d’un Reiser. Un nu fĂ©minin allongĂ© gris et noir est tranchĂ© d’un trait rouge, des formes abstraites qu’il faut scruter attentivement pour les voir. Deux filles font du vĂ©lo Ă  Olmo. La palette est rĂ©duite Ă  quelques couleurs, jaune, bleu, rouge, les corps s’affaissent, hirsutes. La vie est un cirque grotesque, les hommes font des tours de piste et nous fixent de leurs yeux ronds, deux points comme des yeux de volaille. C’est du brutal. Une peinture tord-boyaux. Une femme est allongĂ©e sur la plage comme un soldat au garde Ă  vous, le visage Ă©crevisse au bord de l’apoplexie. Les couleurs entrent en collision, Ă  force de prendre des coups de brosse, elles se salissent, pĂąlissent. Des personnages grimaçants se retrouvent nus, rĂ©duits Ă  la vĂ©ritĂ© de leur squelette, de leur graisse, rouges de colĂšre, de sang. Sang que le Peintre moderne Ă©clabousse partout comme son prochain langage pictural. Un chien s’est assis sur une chaise dont les pieds et le dossier forment une terrible swastika. La mĂ©moire de ce qui ne s’oublie pas. [...] Commissariat Bernard BlistĂšne avec la collaboration de Pamela Sticht, chargĂ©e de la coordination scientifique du MusĂ©e national d’art moderne A l’occasion de « Baselitz – La rĂ©trospective » seront publiĂ©s aux Ă©ditions du centre Pompidou un catalogue et un album. HĂ©bergĂ© par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

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