🔊 “CĂ©cile Hartmann” Le Serpent NoirĂ  la Maba, Maison d’Art Bernard Anthonioz, Nogent-sur-Marnedu 6 fĂ©vrier au 18 juillet 2021
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🔊 “CĂ©cile Hartmann” Le Serpent NoirĂ  la Maba, Maison d’Art Bernard Anthonioz, Nogent-sur-Marnedu 6 fĂ©vrier au 18 juillet 2021

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“CĂ©cile Hartmann” Le Serpent Noir Ă  la Maba, Maison d’Art Bernard Anthonioz, Nogent-sur-Marne du 6 fĂ©vrier au 18 juillet 2021 Extrait du communiquĂ© de presse : Commissaire : Caroline CournĂšde, directrice de la Maba « Viendra un serpent noir qui envoĂ»tera les hommes et dĂ©vorera la terre » ProphĂ©tie de Black Eagle, vers 1930. Le Serpent Noir, projet inĂ©dit de CĂ©cile Hartmann prĂ©sentĂ© au public Ă  la MABA Ă  Nogent-sur-Marne jusqu’au 18 juillet 2021, se dĂ©ploie autour de la mĂ©taphore du serpent noir : le pipeline gĂ©ant Keystone qui transporte quotidiennement plus de 700 000 barils de rĂ©sidus impurs, depuis les exploitations Ă  ciel ouvert de l’Alberta, en passant par les rĂ©serves indiennes, souillant les terres et les rĂ©serves d’eau et engendrant des dĂ©gĂąts Ă©cologiques sans prĂ©cĂ©dent. Ce pipeline, soutenu sous l’ùre Trump, vient de voir la construction des derniers tronçons stoppĂ©e aux premiers jours de l’arrivĂ©e de Biden Ă  la prĂ©sidence des États-Unis, faisant souffler un vent d’espoir nouveau. Un film, Le Serpent Noir (2018-2020), suit le flux invisible du pipeline jusqu’à la forĂȘt borĂ©ale et constitue le coeur de l’exposition, depuis lequel se dĂ©ploient en rhizome photographies, Ă©lĂ©ment sculptural, wall-painting et sĂ©rigraphies. Quatre ans aprĂšs les luttes de Standing Rock et Sacred Stones, CĂ©cile Hartmann partage l’archive de ce « temps en suspens », dans cet Ă©pisode de l’histoire contemporaine oĂč les luttes ont dĂ©jĂ  laissĂ© la place aux premiĂšres altĂ©rations du paysage et des formes de vie, rendant aussi visibles les premiers signes d’un dĂ©clin de l’industrie fossile. L’artiste en dĂ©livre un rĂ©cit, sans figure humaine, oĂč l’image documentaire se mĂȘle Ă  l’image mentale, enchevĂȘtrement de temporalitĂ©s et d’espaces dans une plongĂ©e au coeur des tĂ©nĂšbres. Les tĂ©nĂšbres, perçues pour leurs potentialitĂ©s crĂ©atrices comme destructrices, sont celles dans lesquelles le monde Ă©tait plongĂ© « au commencement lorsqu’il n’y avait ni lune ni Ă©toile » ; elles sont ici le lieu des spectres, du surgissement et de la disparition. Elles deviennent Ă©galement le contrepoint Ă  la vision idĂ©alisĂ©e des LumiĂšres et de la ModernitĂ© (Christophe Colomb n’a jamais dĂ©couvert l’AmĂ©rique) et Ă  l’impasse Ă©cologique qui en rĂ©sulte (l’appropriation et l’épuisement des ressources naturelles). Le travail de CĂ©cile Hartmann porte toujours la trace d’évĂ©nements latents, souterrains, qui transparaissent ou (rĂ©)apparaissent Ă  la surface des Ɠuvres prĂ©sentĂ©es. Le film Le Serpent Noir et ses ramifications se tiennent, eux aussi, sur ces fragiles interstices entre visibilitĂ© et invisibilitĂ©, dicible et indicible, rĂ©alitĂ© et fiction, organique et inorganique, force et instabilitĂ©. La mĂ©moire – comme l’actualitĂ© – de la violence exercĂ©e autant envers la nature qu’envers la communautĂ© amĂ©rindienne, affleure ainsi rĂ©guliĂšrement dans les oeuvres de l’exposition, au travers d’un plan du film, d’un Ă©lĂ©ment textuel, d’une musique
 Ils sont les indices, les surgissements de ces Ă©vĂ©nements. DĂšs lors, l’énumĂ©ration des noms des lieux traversĂ©s agit Ă©galement comme projection fantasmatique de paysages naturels, de territoires appartenant aux « maisons » indiennes ou de batailles tristement cĂ©lĂšbres. Le texte fait ici image, de la mĂȘme maniĂšre que les notions mises en relation – dans ce qui emprunte la radicalitĂ© de sa forme Ă  l’affiche militante – engagent le spectateur Ă  penser les entrechoquements entre Ă©conomie, politique, histoire et Ă©cologie. Abaissant sans cesse son regard pour l’amener au plus prĂšs du sol, de l’argile « primitive », l’artiste s’intĂ©resse Ă  ces diffĂ©rentes strates, couches de temps et de mĂ©moires accumulĂ©es. Sa vision passe ainsi constamment de l’échelle du global Ă  l’échelle du fragment, d’une vision panoramique du paysage Ă  une vision en plongĂ©e au coeur de la terre, dans un mouvement introspectif de l’ordre du psychanalytique. Traçant ainsi des lignes entre romantisme, minimalisme et activisme, Le Serpent Noir se veut autant archĂ©ologie d’un prĂ©sent dĂ©vastĂ© et dĂ©vastateur que vision prophĂ©tique d’un avenir oĂč le chaos et la destruction pourraient devenir forces de rĂ©gĂ©nĂ©ration si, toutefois, un nouveau cycle venait Ă  s’amorcer. Note prĂ©liminaire “Partir Ă  la recherche d’un sens enseveli”. Harun Farocki J’ai dĂ©couvert l’existence de Keystone XL dans la presse il y a un an. Des photographies montraient la brutalitĂ© policiĂšre face Ă  de jeunes AmĂ©rindiens, torses nus sous des canons Ă  eau en plein hiver le long de la riviĂšre Missouri. DerriĂšre eux, des tĂ©lĂ©visions filmaient. L’attitude de fortitude face Ă  la douleur physique et morale propre au caractĂšre des AmĂ©rindiens et que « l’homme blanc » a rarement compris s’exprimait fortement dans ces images : rĂ©sister en faisant de son corps un rempart muet tendu vers le ciel. Le pipeline, raison principale du conflit, Ă©tait totalement invisible. Aucune piste, aucun tube, aucun chantier n’apparaissaient sur ces images. Je pensais aux westerns de Ford, Ă  l’immensitĂ© majestueuse de l’espace amĂ©ricain, aux espaces naturels aujourd’hui pour certains disparus. Je revoyais les scĂšnes de massacre filmĂ©es par Arthur Penn dans Little Big Man le long de la riviĂšre Washita en hiver. À prĂ©sent, c’est le long de la riviĂšre Missouri que le pipeline se construit, mettant en pĂ©ril les rĂ©serves d’eau potable des communautĂ©s qui y vivent. Cet objet cristallisait soudain dans mon esprit un ensemble de tensions, de peurs et d’images, mĂ©langeant la fiction Ă  la rĂ©alitĂ© la plus brute, le dĂ©goĂ»t Ă  une forme d’attraction et de rumination intĂ©rieure. Qu’est-ce qu’ĂȘtre contaminĂ© ? Le sol, l’eau sont contaminĂ©s dans de nombreuses rĂ©gions du monde aujourd’hui. Et nous, par quoi sommes-nous contaminĂ©s ? L’existence du pipeline prenait soudain une dimension fantasmagorique et obsessionnelle propre au capitalisme et Ă  son systĂšme de croyances. Il symbolisait le pouvoir de l’économie pĂ©troliĂšre qui ne cesse de s’étendre sur la surface terrestre, produit d’une civilisation basĂ©e sur la force et le progrĂšs technique. Dominer, construire, occuper l’espace vide, conquĂ©rir, Ă©liminer ce qui n’a pas de fonction immĂ©diate
 Objet dĂ©mesurĂ© inventĂ© par les hommes pour utiliser la mĂ©moire fossile de la terre, le pipeline relie le monde de la surface Ă  celui des profondeurs. Son flux traverse l’espace et le temps en transportant les rĂ©sidus prĂ©historiques expulsĂ©s du sol pour ĂȘtre transformĂ©s. Il est l’instrument du prolongement de la violence exercĂ©e sur les communautĂ©s AmĂ©rindiennes et les souillures des fuites rĂ©centes ne peuvent que rappeler de maniĂšre douloureuse la tĂąche indĂ©lĂ©bile du gĂ©nocide. Sa forme longue, comme infinie dans le paysage, son flux continu, dĂ©gagent une force mystĂ©rieuse et rĂ©pulsive. Visible et invisible, selon qu’il soit en surface ou enterrĂ©, son « ĂȘtre » obscur rampant dans les entrailles de la terre contient en germe la peur d’un futur empli de laideur, de saletĂ© et de mort. Les effets de la contamination en cours touchent la nature du sol autant que celle des corps et des esprits. L’eau potable sera salie comme l’est encore la mĂ©moire. Dans le passĂ©, les terres fertiles avaient Ă©tĂ© volĂ©es, les terres qui restent seront polluĂ©es et contaminĂ©es. Le pipeline est connectĂ© aux couches gĂ©ologiques, aux eaux souterraines filtrĂ©es par les roches, Ă  la mĂ©moire des morts enterrĂ©s. Il ouvre le rĂ©el Ă  l’invisible, Ă  ce qui est cachĂ©, irrĂ©vĂ©lĂ©, inexpugnable et secret. C’est sur ce point de tension entre le visible et l’invisible que s’amorce ma recherche. La preuve de la contamination peut ĂȘtre portĂ©e par une investigation documentaire rigoureuse des traces dans les territoires occupĂ©s par Keystone XL et simultanĂ©ment cette quĂȘte peut s’ouvrir Ă  ce qui est enseveli, cachĂ© et encore potentiellement en devenir. Je dĂ©sire Ă©crire un rĂ©cit hantĂ© par la mue du territoire et par les rĂ©sistances du vivant fondĂ© sur une synchronicitĂ© entre approche documentaire et approche fictionnelle. Produire l’archive d’un moment particulier de l’histoire en entremĂȘlant dans l’immensitĂ© du paysage amĂ©ricain, le temps accĂ©lĂ©rĂ© de l’économie aux temporalitĂ©s spĂ©cifiques des Ă©cosystĂšmes. CĂ©cile Hartmann , janvier 2019 HĂ©bergĂ© par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

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