🔊 “Claudia & Julia MĂŒller“ Une brĂšve histoire de baskets salesau Centre culturel Suisse, Parisdu 12 septembre au 14 novembre 2021
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🔊 “Claudia & Julia MĂŒller“ Une brĂšve histoire de baskets salesau Centre culturel Suisse, Parisdu 12 septembre au 14 novembre 2021

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“Claudia & Julia MĂŒller“ Une brĂšve histoire de baskets sales au Centre culturel Suisse, Paris du 12 septembre au 14 novembre 2021 Interview de Claudia MĂŒller pour le duo Claudia & Julia MĂŒller, par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 10 septembre 2021, durĂ©e 18’24. © FranceFineArt. CommuniquĂ© de presse commissaire de l’exposition : Claire Hoffmann, responsable de la programmation arts visuels du Centre culturel suisse Claudia & Julia MĂŒller (* 1964 et * 1965) mettent en scĂšne, dans de grands dessins muraux, des situations familiĂšres ou mystĂ©rieuses en mĂȘlant des reprĂ©sentations figuratives avec des ornements, des abstractions, des dĂ©doublements, des fragments. À partir de leur vaste archive d’images, elles scrutent les Ă©changes de regards, les rapports de pouvoir, les relations entre affection et animositĂ©, observant toute une palette de contradictions de l’existence humaine. L’exposition au CCS se concentre sur des moments de transitions, des formes de vivre ensemble, des situations de fragilitĂ© et de rĂ©orientation Ă  travers de portraits ainsi qu’une installation de lampes peintes qui relient l’intĂ©rieur Ă  l’extĂ©rieur. Les soeurs MĂŒller extraient et reproduisent partiellement Ă  la main des images issues de leurs archives dans de grandes peintures murales. Ce processus leur permet de mettre en avant des Ă©lĂ©ments qui peuvent au premier abord sembler cachĂ©s, ou rĂ©vĂ©ler des comportements humains. Julia MĂŒller dĂ©finit leur pratique artistique comme un moyen de distanciation et d’analyse de la nature humaine, et comme une technique pour accĂ©der Ă  des parties obscures de ses propres pensĂ©es: « For me it is also a study of the strange areas and my projections and prejudices towards them. Redrawing is like rethinking your opinions, thus the material is kept alive. »(1) Leur mĂ©thode de rĂ©activation des images Ă  travers une rĂ©pĂ©tition manuelle est une maniĂšre de « ralentir » le regard dans un prĂ©sent de plus en plus inondĂ© par l’image photographique. L’omniprĂ©sence de l’image, poussĂ©e par un dĂ©sir et plaisir de voir (« visual pleasure », Laura Mulvey) et de s’exhiber, a pris des dimensions imprĂ©visibles. Cette surexposition peut aussi, paradoxalement, obscurcir la capacitĂ© de voir, ou plutĂŽt, de reconnaĂźtre ce que l’on voit. Choisir et s’arrĂȘter sur une image prĂ©cise, l’analyser en la recopiant et transformer cette donnĂ©e numĂ©rique, Ă©phĂ©mĂšre et immatĂ©rielle en un support plus permanent – la peinture murale – permet aux artistes comme au public de s’approprier une maniĂšre de regarder l’image diffĂ©remment. On pourrait ainsi rapprocher leur recherche du concept d’« inconscient optique » de Walter Benjamin. Cependant, la pratique d’observation et de transformation de l’image des deux artistes ne se laisse jamais aller dans des comparaisons nostalgiques ou un jugement sur le dĂ©veloppement des moyens de communication et de production d’images (qu’elles utilisent elles-mĂȘmes assiduement). Leur regard un peu dĂ©calĂ©, posĂ© sur des habitudes et gestes, permet de discerner certains Ă©lĂ©ments du prĂ©sent. Dans une conversation entre Claudia & Julia MĂŒller et Adam Szymczyk, celui-ci met en relation leur pratique artistique et la dĂ©finition de la contemporanĂ©itĂ© de Giorgio Agamben(2). Selon Agamben, – qui se base sur le concept de l’inactuel de Nietzsche – l’évocation du passĂ©, le goĂ»t de l’anachronique est un signe de luciditĂ© nĂ©cessaire Ă  l’interprĂ©tation du prĂ©sent. En ce sens, le prĂ©sent et ses aspects sombres se rĂ©vĂšleraient seulement dans un dĂ©calage avec ce dernier.(3) Une brĂšve histoire de baskets sales prend pour point de dĂ©part des moments de transitions, de mue personelle, la recherche de nouveaux maillages dans les relations, ou les changements dĂ» Ă  l’avance en Ăąge. Les sƓurs MĂŒller y mĂ©langent leurs propres expĂ©riences avec leurs observations et analyses. L’installation au Centre culturel suisse consiste de grands objets en tissu imprimĂ©s de peintures numĂ©riques. Les murs sont recouverts de croquis d’un paysage corporel surdimensionnĂ©, habitĂ© par de petits dessins figuratifs en noir et blanc. Elles choisissent souvent des portraits, d’elles mĂȘme ou d’autres, considĂ©rant la maniĂšre particuliĂšre de (vouloir) se voir et de (vouloir) se prĂ©senter qu’implique la crĂ©ation de ces images : « our interest and research into the problems of humans, and into how people represent themselves towards others. » (4) Les murs parlent de traces et d’ombres. Les soeurs MĂŒller se tiennent sur le seuil prĂ©caire entre l’image en devenir et l’image achevĂ©e, accueillant les instants de mise au point, encore flous. Elles y croisent des maniĂšres analogiques et digitales de crĂ©ation ainsi que d’effacement d’image – entre dĂ©lavement manuel et gomme dans Photoshop. Parmi ces peintures murales du non-visible, contrastent des silhouettes et dĂ©tails aux contours nets. Ces fragments Ă©mergent comme des passages marquants ou des personnes inoubliables, ancrĂ©s dans la mĂ©moire – mais pour autant pas moins assujettis aux interprĂ©tations et aux transformations du subconscient. La cour intĂ©rieure et l’espace d’exposition sont occupĂ©s par de grandes sculptures-lampes. Leurs formes organiques s’apparentent Ă  des silhouettes humaines et des lampions, fondant ainsi l’espace intĂ©rieur et extĂ©rieur. Ces deux installations, l’une Ă  l’extĂ©rieur et l’autre Ă  l’intĂ©rieur, l’une abstraite et l’autre «mimetisante», se juxtaposent et crĂ©ent une forme de dialogue. Elles reflĂštent en quelque sorte le processus de crĂ©ation Ă  quatre mains, qui nĂ©cessite des dĂ©saccords, des vas et vient et des allers-retours entre les sƓurs-artistes, sans parvenir nĂ©cessairement Ă  trouver un compromis unanime, mais qui permet la crĂ©ation deux voies (et voix) possibles. 1 Adam Szymczyk in conversation with Claudia & Julia MĂŒller „’Ah, speak for yourself!’ On the recent practice of Claudia & Julia MĂŒller“, in: Claudia & Julia MĂŒller, ed. Barbara Krimm, Claudia & Julia MĂŒller, argobooks, Berlin, 2014, p. 117-122, ici p. 115. 2 Ibid., ici p. 121. 3 Giorgio Agamben, „What Is the Contemporary?“, in: What Is an Apparatus?, Stanford University Press, 2009. 4 Adam Szymczyk in conversation with Claudia & Julia MĂŒller „’Ah, speak for yourself!’ On the recent practice of Claudia & Julia MĂŒller“, in: Claudia & Julia MĂŒller, ed. Barbara Krimm, Claudia & Julia MĂŒller, argobooks, Berlin, 2014, p. 117-122, ici p. 113. HĂ©bergĂ© par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

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