🔊 “Giacometti / Beckett” Rater encore. Rater mieux.à l’Institut Giacometti, Parisdu 9 janvier au 28 mars 2021
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🔊 “Giacometti / Beckett” Rater encore. Rater mieux.à l’Institut Giacometti, Parisdu 9 janvier au 28 mars 2021

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“Giacometti / Beckett” Rater encore. Rater mieux. Ă  l’Institut Giacometti, Paris du 9 janvier au 28 mars 2021 Extrait du communiquĂ© de presse : Commissaire de l’exposition : Hugo Daniel, responsable de l’Ecole des ModernitĂ©s, chargĂ© de mission curatoriale . Parmi les amitiĂ©s littĂ©raires d’Alberto Giacometti (1901-1966), celle qui le lie Ă  Samuel Beckett (1906-1989) n’est pas la plus connue, mais c’est l’une des plus durables. Elle remonte Ă  1937 et se dĂ©veloppe dans l’aprĂšs-guerre. Les deux artistes aiment se retrouver dans les soirĂ©es sans fin des cafĂ©s de Montparnasse, puis arpenter Paris la nuit. De profondes parentĂ©s rapprochent leurs oeuvres, qui s’expriment dans une collaboration exceptionnelle : la rĂ©alisation par Giacometti d’un dĂ©cor pour une mise en scĂšne d’ En attendant Godot en 1961. Pour la premiĂšre fois, l’Institut Giacometti prĂ©sente les liens qui ont rapprochĂ© l’artiste et l’écrivain. L’exposition aborde leur longue amitiĂ©, leur collaboration, et l’affinitĂ© entre leurs oeuvres qui ont croisĂ© la trajectoire de l’Existentialisme. Samuel Beckett, Alberto Giacometti (Work) in progress par Hugo Daniel – extrait du catalogue co-Ă©ditĂ© par la Fondation Giacometti, Paris et FAGE Ă©ditions Compagnie Au bord d’un chemin, sous les branches d’un arbre dĂ©charnĂ©, deux hommes tournent leur regard vers le croissant iridescent d’une lune. La petite toile mĂ©lancolique peinte par Caspar David Friedrich en 1819-1820 avait marquĂ© Samuel Beckett au musĂ©e de Dresde, en 1937. Ce colloque silencieux est, selon Beckett, un antĂ©cĂ©dent Ă  sa piĂšce En attendant Godot dont il a plantĂ© le dĂ©cor avec laconisme : « Route Ă  la campagne, avec arbre. / Soir. » On pourrait encore y voir l’illustration d’un Ă©change artistique idĂ©al tel qu’il a pu se mettre en place dans sa longue et mystĂ©rieuse relation avec Giacometti. La tentation est d’autant plus grande que leur rencontre date de la mĂȘme annĂ©e que la dĂ©couverte de cette toile par Beckett et que leur seule collaboration aboutie fut l’arbre de Godot, en 1961. Mais cette relation appelle justement Ă  dĂ©passer l’illustration. La relation entre Beckett et Giacometti est rĂ©gie par le silence et les hasards de leurs rencontres. Giacometti a reçu Beckett, comme de nombreux autres Ă©crivains, dans son atelier. Il a rĂ©alisĂ© un grand nombre d’illustrations pour ses amis poĂštes, de RenĂ© Crevel et AndrĂ© Breton Ă  Jacques Dupin, et ces derniers ont Ă©crit sur son oeuvre. Il les a portraiturĂ©s. Beckett, qui avait une relation ambivalente Ă  l’image, entre attraction et mĂ©fiance, possĂ©dait une grande culture artistique. Il a Ă©tĂ© l’ami de peintres comme les frĂšres Bram et Geer Van Velde, Avigdor Arikha, Pierre Tal Coat, AndrĂ© Masson (amis Ă©galement de Giacometti), auxquels il consacre aprĂšs-guerre des textes remarquĂ©s. Mais, hormis l’arbre pour Godot, piĂšce de théùtre qui a fait connaĂźtre son auteur, pas d’ouvrage commun, pas de portrait de Beckett comme il en existe d’AndrĂ© Breton, de Simone de Beauvoir, de Jean-Paul Sartre, de Georges Bataille, de Jean Genet, de Jacques Dupin, d’Olivier Larronde, etc., pas de texte de Beckett sur Giacometti, Ă  peine la maigre trace, dans la bibliothĂšque de l’écrivain, de deux catalogues d’exposition tardifs de l’oeuvre de Giacometti. Leur amitiĂ©, fuyante, est pourtant l’une des plus longues qu’ils connurent : elle s’étend de la fin des annĂ©es 1930 Ă  la mort de Giacometti, en 1966. Et leurs oeuvres offrent tellement d’échos qu’on les dirait soeurs. Entre eux, dont l’imaginaire est hantĂ© par la solitude, plutĂŽt qu’une amitiĂ©, il faut envisager une compagnie, dans le sens beckettien du « besoin de compagnie discontinu », de cet « autre imaginant le tout pour se tenir compagnie ». Ainsi, le dialogue ne se fait pas face Ă  face mais en parallĂšle, dans un Ă©change dans lequel le hasard a toute sa place – « lui et moi, toujours par hasard », a observĂ© Giacometti. Comme si tout autre moyen de communication plus social eĂ»t empĂȘchĂ© son fonctionnement singulier. Les conditions de leurs rencontres illustrent leur interrogation commune sur le pouvoir de l’expression face Ă  un rĂ©el qui excĂšde tout ; et pour bien comprendre cette relation, il faut la libĂ©rer des images d’Épinal du Paris d’aprĂšs-guerre. Giacometti et Beckett appartiennent Ă  la mĂȘme gĂ©nĂ©ration de crĂ©ateurs parvenus Ă  cette « tour de Babel » qu’est Paris, le premier Ă  l’acadĂ©mie de la Grande ChaumiĂšre en 1922, le second comme lecteur Ă  l’École normale supĂ©rieure en 1928 . Ils frĂ©quentent les mĂȘmes cafĂ©s de Montparnasse : La Closerie des Lilas, Le DĂŽme, Le SĂ©lect. Au tournant des annĂ©es 1930, ils Ă©voluent dans les cercles proches du surrĂ©alisme. Giacometti rejoint le groupe en 1930 et voit rĂ©guliĂšrement AndrĂ© Breton, Georges Sadoul, Tristan Tzara, Max Ernst, Louis Aragon, RenĂ© Crevel, etc. Beckett, proche de Philippe Soupault , les lit. Et il est notamment marquĂ© par le Second Manifeste du surrĂ©alisme . En 1928, Beckett a une idylle avec Peggy Guggenheim, soutien du mouvement (elle visite dix ans plus tard l’atelier de Giacometti et achĂšte ses oeuvres). Dans ce tourbillon d’échanges, leurs oeuvres cohabitent avant leur rencontre. La revue Transition , sous la direction d’EugĂšne Jolas, participe depuis 1927 Ă  la diffusion du modernisme et du surrĂ©alisme . DĂšs juin 1929, Beckett en devient un contributeur rĂ©gulier, tout comme Giacometti Ă  partir de mars 1932. En 1931, Giacometti et Crevel se rapprochent et travaillent au frontispice du roman Les Pieds dans le plat , occasion pour Giacometti d’une premiĂšre collaboration avec le graveur Stanley William Hayter de l’Atelier 17. Il est peu probable que cette publication Ă©chappe Ă  Beckett qui traduit, en 1931, les textes des surrĂ©alistes pour Negro Anthology de Nancy Cunard , qui comprend notamment le manifeste « Murderous Humanitarianism » signĂ© par le « Surrealist Group in Paris », mais Ă©crit par Crevel, qui rĂ©digea Ă©galement pour l’occasion le pamphlet The Negress in the Brothel . Crevel n’est pas le seul lien entre les deux artistes. En 1934, alors que Beckett fait paraĂźtre ses premiers textes et qu’il travaille Ă  son roman Murphy, l’éditeur et poĂšte surrĂ©aliste George Reavey lui propose de l’éditer en français dans sa maison d’édition Europa Press. Reavey, qui a l’habitude d’illustrer les ouvrages qu’il imprime de frontispices, est proche de Hayter. Ceci explique que l’on trouve sur une enveloppe adressĂ©e par Beckett depuis Londres Ă  Reavey la mention de l’adresse du sculpteur, Ă©crite de la main de Giacometti: Reavey aurait invitĂ© Giacometti Ă  rĂ©aliser le frontispice de l’ouvrage. Si le projet n’aboutit pas, la proximitĂ© des deux artistes est ainsi attestĂ©e. À cette date, leur crĂ©ation s’appuie sur l’expĂ©rience du surrĂ©alisme. Plus que des coĂŻncidences ou des emprunts, la prolifĂ©ration des rĂ©sonances entre leurs oeuvres traduit la convergence de deux itinĂ©raires intellectuels. Un exemple : la forme de la cage apparaĂźt chez Giacometti avec Boule suspendue (1930). On la retrouve ensuite dans plusieurs oeuvres, dont les gravures prĂ©paratoires pour le frontispice des Pieds dans le plat (1933), oĂč elle est associĂ©e Ă  un corps qu’elle contient. Le roman Murphy , en gestation depuis 1934, s’ouvre sur la situation du personnage Ă©ponyme, qui vit dans une impasse de Londres : « LĂ , depuis des mois, peutĂȘtre des annĂ©es, il mangeait, buvait, dormait, s’habillait et se dĂ©shabillait, dans une cage de dimensions moyennes, exposĂ©e au nord-ouest, ayant sur d’autres cages de dimensions moyennes exposĂ©es au sud-est une vue ininterrompue. » L’impasse physique de Murphy est la mĂ©taphore de son impasse mentale qui traverse le roman. Infirmier dans un hospice psychiatrique, il se trouve bloquĂ© dans un « va-et-vient ». « L’esprit de Murphy s’imaginait comme une grande sphĂšre creuse, fermĂ©e hermĂ©tiquement Ă  l’univers extĂ©rieur . » Ainsi est-il « fendu en deux, d’un cĂŽtĂ© un corps, de l’autre un esprit ». Ce rapport Ă  l’esprit, sur fond de partie d’échecs entre le rationnel et l’irrationnel, explore la brĂšche ouverte par le surrĂ©alisme. Une note de Giacometti de 1934 y fait Ă©cho : « MĂȘme processus dans la formation des rĂȘves et dans la formation de mes objets. » Mais, constate-t-il rĂ©trospectivement, « tout ceci m’éloignait peu Ă  peu de la rĂ©alitĂ© extĂ©rieure ». En 1935, un besoin impĂ©rieux le pousse Ă  s’asseoir devant le modĂšle afin de revenir Ă  une confrontation au rĂ©el. Ce mouvement lui vaut l’exclusion du groupe surrĂ©aliste, mais ce retour au rĂ©el n’est pas un pas en arriĂšre. Il permet une combinaison, comme Giacometti le fait observer Ă  Pierre Matisse : « Tout ceci alternait, se contredisait et continuait par contraste. » L’oscillation est la mĂȘme que celle des romans de Beckett qui font dĂ©lirer le rĂ©el. Avant leur rencontre, les deux artistes ont une comprĂ©hension de la « rĂ©alitĂ© » qui prend pour acquis le modernisme et le surrĂ©alisme. Celle-ci intĂšgre la tension entre une rĂ©alitĂ© « intĂ©rieure » (mentale) et la rĂ©alitĂ© « extĂ©rieure », mais aussi la conviction que la maniĂšre d’en rendre compte doit s’affranchir du rationalisme. [
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