
FranceFineArt
🔊 “Gustave Moreau“ Les Fables de La Fontaine au Musée national Gustave Moreau, Paris du 27 octobre 2021 au 28 février 2022
·15 min
“Gustave Moreau“ Les Fables de La Fontaine au Musée national Gustave Moreau, Paris du 27 octobre 2021 au 28 février 2022 Interview de Dominique Lobstein, historien de l’art et co-commissaire de l’exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 25 octobre 2021, durée 15’31. © FranceFineArt. Texte Sylvain Silleran Après avoir admiré depuis juin les études, les esquisses, les animaux croqués au jardin des Plantes, notre patience est enfin récompensée par la deuxième partie de cette exposition : les aquarelles de Gustave Moreau illustrant, pour Anthony Roux, les Fables de La Fontaine. Et quelles aquarelles ! Légères et aériennes, floues et poudreuses, d’une transparence de voile, elles deviennent denses, d’une noirceur d’orage, lourdes comme de l’huile. La lumière qui fait étinceler les ors façonne la glaise sanguine, terrienne, finit absorbée par des silhouettes d’encre noire et grasse. Moreau mélange tout, les époques et les influences. Les fantasmes indolents de l’Orient, les toits d’une ville des Mille et une nuits rencontrent les mythes indiens, ses princes à dos d’éléphant. Au loin des pics rocheux bleutés se perdent dans un sfumato toscan. Des héros rembrandtiens émergent dans des intérieurs sombres, des pièces sans fond. Ici, une fenêtre ouverte laisse entrer la lumière et la vie, le divin comme chez Vermeer. Le renard et ses raisins trop verts se trouvent dans la campagne anglaise, celle si charmante, délicatement gravée par George Morland. Le gai monde rural si sensuel du XVIIIème siècle du coche et de la mouche devient une terre grave et orageuse, biblique, celle qui emporte les rêves de Perrette et de son pot au lait. Au-dessus du paysan du Danube la statue de Romulus et Rémus, la louve de Rome est tigrée d’or et de bleu. Sa gueule ouverte et grimaçante ressemble à la Bocca della Verità , défiant le lecteur d’y glisser sa main. Il y a dans ces illustrations mille références, mille petits éléments livrant à qui le veut leurs secrets plus ou moins dissimulés. Au dessus d’une ruine romantique, d’un étang ou d’un paysage de la Renaissance, les ciels offrent une diversité musicale d’humeurs, de sentiments. Celui du Lion et du Moucheron est un feu doré menaçant de consumer un arbre de rouille. Un autre est un drapé turquoise ; celui-ci est gris de bord de mer flamand, celui-là est un crépuscule sinistre annonciateur de peste. Le rose se reflète sur la mer, en fait une plaine que contemple un berger. Des sommets alpins se découpent au loin sur un firmament bleuté, animal. Moreau, plus qu’il n’interprète, se place dans une temporalité, choisit non la morale mais le récit, se place au centre des vers de La Fontaine. Le coq dans l’encadrement de la porte se retrouve hors de la scène qui se joue, il s’éloigne déjà , droit et fier, sort de l’histoire du coq et la perle au moment où se joue son deuxième acte. Les chevaux de l’attelage de Phoebus, transpirants, furieux, les yeux exorbités, sont bien ceux qui racontent la fable. Le drame de Perrette se déroule sur le paysage derrière elle, l’horizon assombri par l’adieu aux veaux, vache, cochons. Le rat des villes gras et repu, appuyé à une aiguière d’or, oppose sa fastueuse et opulente insouciance à la vivacité de son cousin des champs. C’est dans ces petits détails que vivent les fables : dans ce héron s’enfuyant au ras de l’étang dans le Chêne et le Roseau qui souligne la violence de l’orage, dans cette minuscule souris grise fuyant la Femme métamorphosée en Chatte. Gustave Moreau livre de merveilleux petits tableaux. Les fables deviennent des pièces de théâtre, des opéras. La plume, la mine, le pinceau lui offrent plus qu’ailleurs une liberté, et l’ivresse qui l’accompagne. Commissariat : Marie-Cécile Forest / Dominique Lobstein / Samuel Mandin Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.