🔊 “Paul Mignard“ The Returnà fabre, Parisdu 5 juin au 3 octobre 2021
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🔊 “Paul Mignard“ The Returnà fabre, Parisdu 5 juin au 3 octobre 2021

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“Paul Mignard“ The Return Ă  fabre, Paris du 5 juin au 3 octobre 2021 Interview de Paul Mignard, par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 4 juin 2021, durĂ©e 18’57.© FranceFineArt. Extrait du communiquĂ© de presse : Curatrice : Alexandra Fau Ă  l’initiative du projet : Annabelle Ponroy FABRE est le fruit d’une collaboration inĂ©dite entre une amateur d’art, une commissaire d’exposition, une artiste et son galeriste. FABRE, une nouvelle adresse Ă  proximitĂ© de la Place de la Nation Ă  Paris prĂ©sentera Ă  intervalles rĂ©guliers un environnement artistique, au sens oĂč l’on n’en voit plus ; dans son ajustement Ă  l’espace, son attention portĂ©e au dĂ©tail, son raffinement dans le rapport Ă  l’autre. Dans un appartement haussmannien – Ă  ses heures, cabinet de psychanalyse -, Annabelle Ponroy invitera rĂ©guliĂšrement un crĂ©ateur Ă  renouer avec « l’esprit salon » d’antan dans sa dimension exclusive, mondaine et sociale. L’exposition – vue par Alexandra Fau “C’est par la couleur que je suis arrivĂ© Ă  l’Alchimie‘. Par cette derniĂšre phrase, s’achĂšve notre entretien avec Paul Mignard (nĂ© en 1989) Ă  quelques mois de l’exposition “The Return“ (5 juin-3 octobre 2021). Elle est rĂ©vĂ©latrice d’une rĂ©flexion puissamment ancrĂ©e dans la pratique picturale, mĂȘme si son inspiration puise Ă  de multiples sources, dans divers domaines (la cartographie, la minĂ©ralogie, le chamanisme (1)
). Dans son atelier, Paul Mignard est habituĂ© Ă  manipuler des colorants, des poudres, de la feuille d’or et d’argent. Il fait resurgir la figure de l’artisan-artiste d’autrefois ; celui qui prenait part au savant mĂ©lange des pigments et des liants. MalgrĂ© l’invention des pigments synthĂ©tiques, Mark Rothko s’engage dans des expĂ©riences pigmentaires parfois audacieuses aux dommages irrĂ©versibles. Les craquelures sont ainsi une sorte de rançon Ă  l’empirisme expĂ©rimental de l’artiste. Dans les mĂȘmes annĂ©es, Yves Klein inventeur de l’IKB (International Klein Blue) utilise la matiĂšre picturale comme vecteur de poĂ©tique, portĂ© par un ailleurs dĂ©matĂ©rialisĂ© et hypra sensible. Dans l’appartement, transformĂ© en laboratoire le temps de l’exposition, les Ă©lĂ©ments Ă©pars – colorants et poudres encapsulĂ©es parfois trĂšs toxiques – constituent les diffĂ©rents Ă©tats de ce qui pourrait ĂȘtre le Grand oeuvre en Alchimie. A Fabre, s’officie une sorte de “mĂ©lange“ entre les sons, les odeurs, les couleurs, les matiĂšres et les gestes. Pas de toile montĂ©e sur chĂąssis Ă  proprement parlĂ©. PlutĂŽt des banniĂšres, reprenant la forme de la toile libre du mouvement Support(s)-Surface(s) ou encore les anciennes toiles de dĂ©cor de cinĂ©ma de Jim Shaw pour l’exposition “Left Behind“ au CAPC de Bordeaux en 2010. L’artiste Paul Mignard vient ensuite y dĂ©poser des chapelets, des chiffres Ă©nigmatiques, en guise d’offrandes “sans Dieu“. Ses oeuvres renvoient aux productions mystico-religieuses des premiĂšres annĂ©es de Robert Smithson ( Untitled [Pink linoleum center], 1964 ). De mĂȘme le tĂ©lescopage entre la peinture “la table d’Émeraude“ et la bande son issue du magnĂ©tophone RĂ©vox n’est pas sans rappeler une autre piĂšce de Smithson, Untitled [Record player] 1962. Pour l’exposition “The Return“ Ă  Fabre, Paul Mignard a en effet imaginĂ© une double partition, spatiale et sonore. La toile peinte recto-verso rejoue en effet le dĂ©coupage initial du double salon parisien – la dĂ©coupe de chacune des piĂšces Ă©tant encore visible avec les deux cheminĂ©es attenantes. Elle offre symboliquement une percĂ©e, un trou dans la vie (2). InspirĂ© du dispositif de la lanterne magique (3), cette traversĂ©e du miroir annonce une bascule possible vers un monde secret, et renvoie plus encore au cabinet de psychanalyse adjacent. Le travail de Paul Mignard est aussi une traversĂ©e sĂ©mantique. Ainsi repĂšre-t-il une divergence notable dans la version arabe extraite du Secret des secrets du pseudo-Aristote (Xe siĂšcle), avec la version latine d’hortulain (XIVe siĂšcle) (4). Dans l’appartement, des formes et des signes s’égrĂšnent et s’accumulent. L’antre de Paul Mignard est un peu Ă  l’image de celle de l’architecte Yona Friedman peuplĂ©e de chapelets, gri-gri ou d’élĂ©ments votifs. Quant aux bananes sĂ©chĂ©es, elles sont “une action nĂ©cessaire et pĂ©riphĂ©rique comme de laver ses pinceaux“. Ces Ă©lĂ©ments divers extraits de civilisations variĂ©es, des objets magiques, des formes taillĂ©es, quantitĂ© de minĂ©raux (l’azurite, la malachite et le soufre) contribuent Ă  la recrĂ©ation d’une atmosphĂšre pas si Ă©loignĂ©e de celle qui prĂ©valait au 19Ăšme siĂšcle. L’historien de l’art Pascal Griener parle de “ce qui attire alors les masses tient moins au contenu des musĂ©es qu’à la promesse d’un merveilleux toujours renouvelĂ©, d’expĂ©riences chatoyantes et multiples oĂč le corps, et non l’esprit dĂ©sincarnĂ© joue un rĂŽle dĂ©cisif – reconstitutions de lieux “atmosphĂ©riques“, objets magiques, formes Ă©tranges taillĂ©es par des hommes appartenant Ă  des cultures inconnues“ (5). Dans ce sillage, l’installation Ă  Fabre met le spectateur face Ă  une mise en scĂšne de l’art, de la magie qui laisse place Ă  “une fascination stupĂ©faite“. Paul Mignard voue un penchant pour la codification et le symbolisme. Ses pentacles – cachĂ©s Ă  la vue Ă  Fabre – sont associĂ©s Ă  7 planĂštes, 7 couleurs et aux 7 jours de la semaine. Mais, la “collision de symboles les annihile tout Ă  la fois“. La logique humaine voudrait pourtant trouver un sens, une vĂ©ritĂ© cachĂ©e ou tout du moins se frayer un passage. Pour autant, l’Ɠuvre ne se donnera jamais pleinement ; elle est cryptĂ©e comme un ancien talisman indĂ©chiffrable. Au spectateur, de la parcourir visuellement, de se perdre dans ses mĂ©andres et ses flux scintillants pour y tracer son propre chemin de traverse, dans une lente dĂ©couverte de soi. Le travail de Paul Mignard explore la notion d’ésotĂ©rico-gĂ©ographie, l’apprĂ©hension de la gĂ©ographie et de la gĂ©ologie comme des espaces Ă  double dimension : Ă  la fois physique et Ă©sotĂ©rique, rĂ©vĂ©lant un sens profond ; la reprĂ©sentation symbolique d’une expĂ©rience spirituelle, mystique ou Ă©motionnelle. Son installation renvoie Ă  des rituels de la “tente claire – tente sombre“, localisĂ© en SibĂ©rie (6). Quant Ă  la toile “La Table d’Émeraude“, elle s’inspire tout Ă  la fois de la reprĂ©sentation de La Table d’Émeraude d’Heinrich Khunrath (1610) mĂȘlĂ©e au souvenir d’un paysage de crĂȘte le temps d’une randonnĂ©e dans le Vercors, avant de suivre les pas de l’artiste dans un parcours plus urbain, Ă  la DĂ©fense, oĂč il a actuellement son atelier. Ses vastes compositions sur trois mĂštres de long offrent une vision panoramique ponctuĂ©e de signes divers, d’écritures cartographiques, d’effets de matiĂšres dignes des ForĂȘts de Max Ernst ( Lago di Como Lago, 2016 ), de polyĂšdres, recouverts de pigments et de paillettes. Certaines oeuvres portent l’empreinte d’objets religieux (chapelets) ou traditionnels (dentelles Ă  travers lesquelles l’artiste a soufflĂ© au sol de la poudre de pigment). Ces empreintes forment des lignes qui sont autant de chemins Ă  parcourir fiĂ©vreusement comme si l’énigme de la toile s’y trouvait. Tim Ingold convoque cette histoire des lignes, de celle des chemins de traverse, des dĂ©placements improvisĂ©s par les autistes et Ă©tudiĂ©s par Fernand Deligni, de la ligne sinueuse, imprĂ©visible. Au mĂ©pris des adeptes de la ligne droite, l’oeuvre en appelle Ă  ceux “qui vagabondent, qui ne marchent pas droit mais choisissent dĂ©libĂ©rĂ©ment de zigzaguer, qui se conduisent – comme Le Corbusier l’insinue – comme des Ăąnes ? 
 (les adeptes de la ligne droite) collectent toutes les informations, qu’ils confondent avec la connaissance. Quel besoin ont-ils de questionner le monde, puisqu’ils savent dĂ©jĂ  ? aveuglĂ©s par l’information et Ă©blouis par les images, ils ne voient rien de ce qui se passe sous leurs yeux. (
) En vĂ©ritĂ©, jamais dans l’histoire du monde, autant d’informations n’ont Ă©tĂ© associĂ©es Ă  si peu de sagesse. Il me semble que la sagesse ne suit pas les lignes droites mais qu’elle emprunte plutĂŽt la mĂȘme route que celle des Ăąnes“ (7). Paul Mignard a consciemment ou non parlĂ© Ă  plusieurs reprises de “chambre d’échos“. La profusion des signes et des symboles convoquĂ©s dans ses oeuvres relaie notre sentiment de vivre confusĂ©ment le monde, de cheminer Ă  l’aveugle, en dĂ©veloppant par nĂ©cessitĂ© de nouvelles formes de croyances. Alexandra Fau 1. Voyager dans l’invisible, techniques chamaniques de l’imagination, Charles StĂ©panoff, prĂ©face de Philippe Descola, La DĂ©couverte, 2019. 2. Jean-Pierre Criqui, Un trou dans la vie. Essais sur l’art depuis 1960, collection “Arts et EsthĂ©tique“, DesclĂ©e de Brower, 2002. 3. La lanterne magique est une boite percĂ©e d’une ouverture par laquelle pĂ©nĂštre la lumiĂšre extĂ©rieure, ou bien munie d’une source lumineuse interne. La lumiĂšre se rĂ©flĂ©chit sur un miroir et vient frapper une plaque de verre peinte qui est installĂ©e Ă  l’envers Ă  l’opposĂ© de la source lumineuse. Par un phĂ©nomĂšne optique, la lumiĂšre passe par une lentille et rĂ©tablit les images Ă  l’endroit qui sont projetĂ©es sur un mur ou un drap. 4. HermĂšs TrismĂ©giste, La Table d’Émeraude et sa tradition alchimique, prĂ©face de Didier Khan, Les Belles Lettres, 2017 5. Pascal Griener, La RĂ©publique de l’oeil. L’expĂ©rience de l’art au siĂšcle des LumiĂšres, Paris, Odile Jacob, 2010, p188. 6. Un dispositif dans lequel l’assistance est Ă©clairĂ©e par le feu ou plongĂ©e dans l’obscuritĂ© totale alors que le chamane use de technique pour faire entendre sons et voix. 7. Tim Ingold, Faire – anthropologie, archĂ©ologie, art et architecture, Ă©ditions Dehors, 2017, p.298. HĂ©bergĂ© par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

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