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đ âPeintres femmes, 1780-1830â Naissance dâun combatau MusĂ©e du Luxembourg, Parisdu 19 mai au 4 juillet 2021
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âPeintres femmes, 1780-1830â Naissance dâun combat au MusĂ©e du Luxembourg, Paris du 19 mai au 4 juillet 2021 Interview de Martine Lacas, Docteure en histoire et thĂ©orie de lâart, auteure, chercheuse indĂ©pendante et commissaire de lâexposition, par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă Paris, le 18 mai 2021, durĂ©e 20â09, © FranceFineArt Extrait du communiquĂ© de presse : commissariat : Martine Lacas, Docteure en histoire et thĂ©orie de lâart, auteure, chercheuse indĂ©pendante Parcours du demi-siĂšcle qui sâĂ©tend entre les annĂ©es prĂ©-rĂ©volutionnaires jusquâĂ la Restauration, lâexposition Peintres femmes 1780-1830. Naissance dâun combat comprend environ 70 oeuvres exposĂ©es provenant de collections publiques et privĂ©es françaises et internationales. Lâexposition sâattache Ă porter Ă la connaissance du public une question peu ou mal connue : comment le phĂ©nomĂšne alors inĂ©dit de la fĂ©minisation de lâespace des beaux-arts sâarticule Ă cette Ă©poque avec la transformation de lâorganisation de lâespace de production artistique (administration, formation, exposition, critique) et une mutation du goĂ»t comme des pratiques sociales relatives Ă lâart. Entre le XVIIIe des LumiĂšres et le second XIXe siĂšcle, celui du Romantisme puis de lâImpressionnisme, la perception de la pĂ©riode est phagocytĂ©e par les figures de David et celles des « trois G. » (GĂ©rard, Gros, Girodet). En ce qui concerne les peintres femmes, il en va de mĂȘme : aprĂšs le « coup de théùtre » de la rĂ©ception Ă lâAcadĂ©mie royale de peinture dâElisabeth VigĂ©e-Lebrun et AdĂ©laĂŻde Labille-Guiard en 1783, les noms le plus souvent citĂ©s sont ceux de Marie-Guillemine BenoĂźt (et son cĂ©lĂšbre Portrait dâune nĂ©gresse â câest le titre original), AngĂ©lique Mongez pour ces grandes machines historiques davidiennes, Marguerite GĂ©rard qui a survĂ©cu stylistiquement au goĂ»t Rococo et Ă la renommĂ©e de Fragonard, dont elle fut lâĂ©lĂšve puis la collaboratrice ou bien encore Constance Mayer dont le suicide semble lâavoir sauvĂ©e de lâoubli davantage que son oeuvre souvent rĂ©attribuĂ©e Ă Prudâhon, son compagnon de vie et dâatelier. Or, si on se plaĂźt Ă rapporter souvent cet Ă©pisode tragique, câest quâil offre une explication commode Ă lâ « absence des femmes » et une occasion de sâen indigner pour ne pas pousser plus loin lâanalyse historique de la pĂ©riode. Un des enjeux majeurs de lâexposition est celui de la mĂ©thode historique, de lâinterrogation de cette mĂ©thode et de la conscience critique que doit en avoir lâhistorien (comme le commissaire dâexposition) pour ne pas rompre le contrat de vĂ©ritĂ© qui le lie Ă son lecteur. Pour Ă©crire et mettre en scĂšne une histoire qui nâa pas Ă©tĂ© racontĂ©e (celle des peintres femmes), il apparaĂźt essentiel de se doter de moyens nouveaux et, plus humblement dâinterroger sans relĂąche ceux qui ont Ă©tĂ© mobilisĂ©s jusque-lĂ pour Ă©crire une histoire de lâart « sans femmes ». On a souvent posĂ© la question de lâabsence des « grandes » femmes artistes et trouvĂ© une rĂ©ponse historique Ă cette absence et Ă lâ « empĂȘchement » : lâinterdiction faite aux femmes de pratiquer le nu et donc la peinture dâhistoire, leur niveau moindre de formation, le numerus clausus Ă lâacadĂ©mie royale, la vocation matrimoniale, maternelle et domestique que leur attribuent les critĂšres de genre, leur minorisation sociale et politique, la limitation de leur pratique Ă des genres « mineurs ». Tous ces arguments sont documentĂ©s, il nâest pas question de le nier. Le problĂšme est quâils sont ceux-lĂ mĂȘme (arguments et documents) et seulement ceux que fournissent lâhistoire de lâart traditionnelle et le rĂ©cit historique dominant. Dans ce rĂ©cit, on ne parle pas des peintres femmes parce quâil nây en a pas ou peu qui sont « grandes ». Parce que le « grand » (grand homme, grand genre, grande oeuvre, grande Histoire) y est un prĂ©supposĂ© tout autant quâune intention esthĂ©tique et politique qui dĂ©termine des choix, des omissions et des exclusions dans la recherche documentaire. Un des intĂ©rĂȘts de lâexposition est dâavoir dĂ©placĂ© lâorigine du point de vue sur les productions des artistes femmes. Les livrets des salons (avec les commentaires des oeuvres, les noms des exposant-e-s), les articles de la presse en pleine expansion Ă cette Ă©poque, les oeuvres elles-mĂȘmes (par qui ont elles Ă©tĂ© commandĂ©es ? achetĂ©es ? etc.), les tĂ©moignages contemporains constituent un paysage totalement diffĂ©rent de celui que lâhistoire de lâart traditionnelle nous a transmis : il est beaucoup plus complexe, et le sort des artistes femmes y apparaĂźt moins tributaire quâon a voulu le dire du schĂ©ma manichĂ©en opprimĂ©es/ oppresseurs, empĂȘchĂ©es / favorisĂ©s, fĂ©minin /masculin. Il sâest donc agi de redonner toute sa place aux tĂ©moins et aux acteurs de lâĂ©poque dont la parole avait Ă©tĂ© occultĂ©e mais aussi aux oeuvres, Ă la dĂ©marche artistique. Car Ă ne considĂ©rer les oeuvres des artistes femmes quâĂ la lumiĂšre de leur statut de femme, quâil sâagisse de dĂ©montrer comment elles en pĂątirent, comment elles le transgressĂšrent ou comment elles le revendiquĂšrent, on ne fait que corroborer et maintenir les prĂ©supposĂ©s et les valeurs qui ont conduit le modĂšle historiographique dominant Ă oublier leur rĂŽle, leur apport et leur place dans lâespace des beauxâarts entre 1780 et 1830 comme dans les importantes mutations que celui-ci enregistre alors â mutations dĂ©terminantes pour la seconde moitiĂ© du XIXe siĂšcle. Lâexposition est aussi un combat contre lâoubli. Extrait du catalogue de lâexposition aux Ă©ditions de la Rmn â Grand Palais, Paris 2021 â introduction gĂ©nĂ©rale [âŠ] Quelle histoire se raconte donc entre les murs du MusĂ©e du Luxembourg, entre ces deux limites temporelles des annĂ©es 1780 et 1830 ? La naissance dâun combat. Celui des peintres femmes. Certaines sont connues. Louise-Ălisabeth VigĂ©e Le Brun, qui fit lâobjet dâune grande exposition monographique au Grand Palais en 2015, sa contemporaine AdĂ©laĂŻde Labille-Guiard, admise elle aussi le 31 mai 1783 Ă lâAcadĂ©mie royale de peinture et dont le monumental Autoportrait avec deux Ă©lĂšves, Marie-Gabrielle Capet et Marie-Marguerite Carreaux de Rosemond , fut Ă©galement prĂ©sentĂ© sur les cimaises du Grand Palais en 2015. Marie-Guillemine Benoist et son iconique Portrait dâune femme noire â prĂ©sentĂ© au Salon de 1800 comme Portrait dâune nĂ©gresse et, au printemps 2019, comme Portrait de Madeleine Ă lâexposition « Le modĂšle noir de GĂ©ricault Ă Matisse », au musĂ©e dâOrsay. Enfin Marguerite GĂ©rard, que le musĂ©e Cognacq-Jay Ă lâautomne 2009 a rĂ©vĂ©lĂ©e Ă un public Ă©largi. Mais si lâon excepte ces quelques rares figures, la majoritĂ© des peintres rĂ©unies au MusĂ©e du Luxembourg sont mĂ©connues voire inconnues du grand public. Ce sont plus de trente-cinq autres noms auxquels cette exposition aspire Ă redonner une place dans notre mĂ©moire artistique.Car il sâagit bien de la redonner : en effet, nombre dâentre elles jouissaient alors dâun succĂšs et dâune reconnaissance publique et institutionnelle qui contredit lâinvisibilitĂ© et la minoritĂ© dont lâhistoire de lâart les a frappĂ©es jusquâĂ une pĂ©riode rĂ©cente. La vogue de lâĂ©ducation artistique et des arts dâagrĂ©ment qui saisit dans les annĂ©es 1780 tant la haute sociĂ©tĂ© que la classe moyenne, lâaccroissement corrĂ©latif des amateurs dont le cercle sâĂ©largit notoirement Ă la bourgeoisie, lâouverture dâateliers « de demoiselles » par des artistes mĂąles de premier plan â Jean-Baptiste Greuze, Jacques-Louis David, Joseph-BenoĂźt SuvĂ©e, Jean-Baptiste Regnault, François GĂ©rard, LĂ©on Cogniet, etc. â, les mutations quâenregistrent les structures du monde de lâart, avec notamment la crĂ©ation du statut dâartiste libre en 1777 (Ă©mancipĂ© des contraintes tant de la corporation que de lâAcadĂ©mie royale), et celle du Salon Libre en 1791 qui Ă©rige Paris au centre de lâEurope artistique, mais aussi, plus largement, un systĂšme capitaliste qui, en sâimposant, sâavĂšre ĂȘtre, sans avoir Ă le revendiquer, un facteur de transformation des mentalitĂ©s et des comportements dâautant plus puissant quâil semble ne relever que de la seule sphĂšre Ă©conomique : entre les derniĂšres dĂ©cennies du XVIIIe siĂšcle et la monarchie de Juillet, ces conditions ont concouru Ă lâĂ©mergence de peintres femmes professionnelles et Ă ce que leur nombre atteigne une proportion digne dâĂȘtre considĂ©rĂ©e en regard de celle de leurs homologues masculins. [âŠ] par Martine Lacas, commissaire de lâexposition HĂ©bergĂ© par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

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