
L’esprit critique
PARTIE 1 -EP173, autour du roman d'Agathe Charnet, "Peut-être le hasard" (Les corps conducteurs)
·13 min
Peut-être le hasard est le titre du premier roman de la dramaturge et metteuse en scène Agathe Charnet, autrice de plusieurs pièces de théâtre. Il est publié aux Corps conducteurs, jeune maison d’édition au nom inspiré d’un ouvrage de Claude Simon qui entend publier des livres qui « électrisent ». Dans ce texte largement autobiographique, l’autrice retrace une catastrophe à la fois commune et extraordinaire : la démence précoce qui touche sa mère, enseignante de philosophie, alors qu’elle vient seulement d’atteindre la cinquantaine. Tout à la fois portrait croisé de deux femmes de deux générations différentes, journal de maladie, réflexion sur la fin de vie et expression rageuse de la difficulté à aider les proches souffrants, Peut-être le hasard se présente sous forme de successions d’hypothèses plus ou moins sérieuses et de tranches de vie flirtant avec la mort. Chaque chapitre est ainsi introduit par un titre formulé en des termes comme : « C’est peut-être Balthazar » ; « C’est peut-être la protéine précurseur amyloïde » ; « C’est peut-être le divorce » ; « C’est peut-être le chat roux »… Agathe Charnet aborde ainsi le « deuil blanc », c’est-à-dire le deuil d’avant le deuil, le deuil d’une personne qui disparaît dans la démence avant de mourir vraiment et qui lui fait écrire en s’adressant directement à sa mère : « Tu ne pleureras pas de joie à l’annonce de ma grossesse et n’activeras pas, malgré mes interdictions, le tam-tam familial pour que chacun soit au courant. Tu ne tiendras pas mon nouveau-né dans tes bras, ne débarqueras pas en catastrophe pour m’aider quand il sera malade, ne feras jamais de réflexion délicieusement crispante sur ma façon de l’élever, ne le garderas jamais pour les vacances scolaires en te plaignant d’être un peu épuisée à la fin. » Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.