Attentat contre le Pape : qui a voulu tuer Jean-Paul II en 1981 ?
Autrement l'Histoire

Attentat contre le Pape : qui a voulu tuer Jean-Paul II en 1981 ?

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Le 13 mai 1981, Jean-Paul II traverse la place Saint-Pierre de Rome dans une petite voiture découverte. Des milliers de fidèles l’acclament. Il prend une enfant dans ses bras, la bénit, puis la rend à sa famille. Quelques instants plus tard, un homme surgit dans la foule et tire sur lui à bout portant. Le pape s’effondre. Deux femmes sont également blessées. Tandis qu’une religieuse et un gendarme maîtrisent le tireur, la voiture emporte Jean-Paul II vers l’intérieur du Vatican. Une course contre la montre commence. Si vous souhaitez soutenir Autrement l’Histoire, vous pouvez contribuer à la cagnotte Tipeee grâce au lien dans la description. Merci à toutes celles et ceux qui m’aident à poursuivre ce travail. Touché à l’abdomen, à la main et au bras, Jean-Paul II est conduit à l’hôpital Gemelli. La balle a traversé ses intestins et est passée tout près de l’aorte. Pendant plus de cinq heures, les chirurgiens tentent de le sauver. Sur la place Saint-Pierre, une partie de la foule attend des nouvelles et prie. Le pape survit à l’opération, mais son état reste préoccupant. Il lui faudra plusieurs mois, une seconde intervention et deux séjours à l’hôpital pour se rétablir. L’homme arrêté sur la place s’appelle Mehmet Ali Ağca. Il a vingt-trois ans, vient de Turquie et n’en est pas à son premier crime : en 1979, il a assassiné le journaliste Abdi İpekçi, avant de s’évader d’une prison militaire. Il avait même annoncé publiquement son intention de tuer le pape lors d’un voyage de Jean-Paul II en Turquie. Comment ce fugitif a-t-il pu traverser plusieurs pays sous une fausse identité, obtenir une arme et se retrouver à quelques mètres du souverain pontife ? Pour comprendre pourquoi Jean-Paul II pouvait être une cible, l’histoire remonte aussi à ses origines. Né Karol Wojtyła en Pologne, il a connu l’occupation allemande, puis vécu sous un régime communiste qui cherchait à réduire l’influence de l’Église. Élu pape en 1978, il devient une figure majeure pour les Polonais. Lorsqu’il retourne dans son pays en 1979, des foules immenses se rassemblent autour de lui. Un an plus tard, les grèves donnent naissance au syndicat indépendant Solidarność, dont il soutient les membres. À Moscou, cette contestation au cœur du bloc soviétique suscite une inquiétude réelle. L’enquête révèle qu’Ağca n’a pas vécu en fugitif totalement isolé. Des hommes l’ont aidé à voyager et à se procurer son pistolet. Elle établit aussi qu’il a séjourné à Sofia, en Bulgarie, durant l’été 1980. Puis, depuis sa prison, Ağca accuse plusieurs ressortissants bulgares d’avoir participé à la préparation de l’attentat. En novembre 1982, la police italienne arrête Sergueï Antonov, un responsable de la compagnie Balkan Air à Rome. L’affaire prend alors une dimension internationale : les services secrets bulgares, et derrière eux le KGB soviétique, ont-ils voulu éliminer un pape dont l’influence gênait le pouvoir communiste ? Cette hypothèse fait grand bruit pendant la guerre froide. Mais au procès, les déclarations d’Ağca se multiplient, se contredisent et deviennent de plus en plus difficiles à vérifier. En 1986, Antonov et les autres accusés de complot sont acquittés faute de preuves suffisantes. Le verdict ne résout pas toutes les questions ; il interdit de présenter la « piste bulgare » comme un fait établi. On sait qui a tiré. On ne sait toujours pas avec certitude si quelqu’un a commandité l’attentat. Jean-Paul II, lui, donne à sa survie une signification spirituelle. Un an jour pour jour après les tirs, il se rend à Fátima, au Portugal. Il a déjà pardonné publiquement à Ağca. En décembre 1983, il va le rencontrer dans sa cellule de la prison romaine de Rebibbia ; leur conversation restera privée. Des années plus tard, le projectile offert au sanctuaire de Fátima sera placé dans la couronne de la statue de la Vierge. Un récit de Tim Girard

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