Pourquoi la Suisse n’a pas légiféré sur l’euthanasie
L'Invité de la Matinale

Pourquoi la Suisse n’a pas légiféré sur l’euthanasie

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François-Xavier PUTALLAZ, philosophe suisse, ancien membre du comité international de bioéthique de l’UNESCO, membre de l’Académie pontificale saint Thomas d’Aquin Même si la loi sur « l’aide active à mourir » est passée à l’Assemblée, on ne peut s’exonérer d’une réflexion sur ce qui fonde le droit auquel se réfère une société, à plus forte raison dans une matière grave, où il est question de vie et de mort. On attend de savoir quelle stratégie l’épiscopat va adopter pour déjouer les dispositifs les plus extrémistes et les plus attentatoires à la liberté de conscience, en particulier pour les établissements médicaux ne souhaitant pas héberger ce type de pratique. Philosophe suisse, François-Xavier Putallaz a été membre du comité international de bioéthique de l’UNESCO. Il officie à l’Académie pontificale saint Thomas d’Aquin à laquelle ont appartenu des penseurs comme Étienne Gilson et Jacques Maritain. La Suisse a ceci d’intéressant qu’elle a refusé de légiférer. L’euthanasie y est qualifiée de « meurtre sur la demande de la victime » selon l’article 115 du code pénal helvétique et « celui qui à la demande de la victime la tuera sera condamné à trois ans de prison ». En fait, l’évolution sociétale survenue chez nos voisins n’a rien à voir avec le monde médical. En outre, il s’agit d’une liberté, pas d’un droit, lequel est toujours assorti d’obligations. François-Xavier Putallaz rappelle en outre que le droit est toujours fondé sur la nature ou la raison. La nature est toujours porteuse de vie, jamais d’autodestruction. Quant à la raison, elle répond à un risque. Le droit défend ainsi la liberté d’expression contre les régimes prompts à la bafouer. Or, l’immortalité n’étant pas une menace, le droit à mourir n’est pas fondé. Ainsi, au bout du compte, la démocratie se trouve fragilisée par une conception permissive du droit. Il est frappant aussi de voir à quel point la référence nihiliste irrigue l’idéologie euthanasique. Dans Le Crépuscule des idoles, Nietzsche fustige « la comédie pitoyable et atroce que le christianisme s’est permis de jouer avec la dernière heure des mourants ». Déjà, à son époque, le penseur de la volonté de puissance aspirait à « créer une nouvelle responsabilité, celle du médecin, (...) pour que l’on réprime et refoule impitoyablement la vie en train de dégénérer, par exemple en ce qui concerne le droit de procréer, le droit de naître, le droit de vivre ». Pour les chrétiens, l’agonie a du sens et du poids dans la balance des âmes, pour peu que le mourant associe ses souffrances à celles du Christ. L’essentiel n’est pas la « mort douce » mais la « bonne mort », c’est-à-dire en état de grâce. Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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